"Qu'est-ce qu'il t'arrive Aurélie ? t'es complètement ailleurs depuis plusieurs jours !"
J'adressai un sourire à Mathieu, lui faisant comprendre de ne pas s'inquiéter, ce qui eu pour effet de le faire grimacer et de m'envoyer un autre mot : "C'est à cause de l'autre blairo ? c'est bien lui que t'as vu l'autre jour ?"
"Hum hum !"
je levai les yeux et aperçu ma prof de maths penchée vers moi. Pfff, ça commence bien, je l'avais déjà supportée un an, et voilà que je l'avais encore cette année. Je lui adressai un sourire innocent tout en rangeant discrètement les mots dans ma trousse. Comme si elle était toujours obligée de se mêler de tout celle-là ! Par chance, la sonnerie retentit et je pu sortir sans attendre. Mathieu eu la délicatesse de ne pas revenir sur le sujet devant les filles. Et moi, je tachais comme toujours de faire comme si tout allait bien. Et j'avoue qu'avec eux, mes soucis s'envolaient comme par magie. Ils avaient le don de me faire rire pour un rien, de me rendre heureuse même quand j'avais envie de pleurer... Sans eux, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui, et je ne me serais sans doute jamais sortie de cette mauvaise passe dans laquelle je me trouvais. L'heure de midi passa à une vitesse folle, agrémentée de nos rires, plus fous les uns que les autres. Mais quand ce fut le moment de rentrer en cours, Mathieu me pris entre 4 yeux :
"Bon alors, tu ne m'a toujours pas répondu, même si je connais déjà la réponse..
- T'inquiète pas, tout va bien, mais c'est vrai que ça m'a foutu un coup de le voir...
- Il est plus que temps que tu l'oublies et que tu passes à autre chose ! Comment tu peux aimer quelqu'un qui t'a fait autant de mal ?!
- J'en sais rien..."
Comment voulait-il que je lui explique quelque chose que je ne comprenais pas moi-même... cela faisait des mois que ça durait, des mois que j'ai tout essayer pour l'oublier, mais sans aucun succès... J'ai essayé de couper les ponts durant l'été et j'avoue que j'étais assez satisfaite du résultat, ça avait été dur mais ça avait porté ces fruits ; à la fin de l'été, je pensais être guérie. Mais quand je l'ai vu, si beau, encore plus beau que dans mes souvenirs, le passé m'a sauté à la gorge... Comment oublier tout l'amour que je lui portais, comment oublier que ses mots me faisaient rêver, qu'il m'avait sortie d'une sombre période de ma vie, bien qu'après ça, j'ai commencé à y replonger... Non, ça m'était impossible... ça finirait bien par passer un jour, surement, mais ce jour n'est pas encore arrivé... Je soupirai. J'avais à nouveau mal au coeur, cette douleur dans la poitrine qui vous donne l'impression que vous n'allez plus pouvoir respirer. Par bonheur, le prof d'histoire nous fit rentrer en classe, j'allais pouvoir me plonger dans les batailles, pour oublier celle de mon coeur. Le prof nous donna une fiche d'exercices, et je travaillai acidument, comme cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps. il en fut de même le reste de l'après-midi. Je m'éclipsai rapidement après la sonnerie, je n'avais pas envie de m'attarder avec les autres, pour une fois, j'avais besoin d'être seule... Arrivée à l'arrêt de bus, je me laissai tombée sur le banc en soupirant, quand je vis arriver vers moi ce visage si souriant, cause de mes tourments. Je fermai les yeux, dans l'espoir que quand je les rouvrirais, il ne serait plus là mais non, quand je les ouvrai, il se tentait là, devant moi. Je ne pus m'empêcher de sourire ; c'était impressionnant ce pouvoir qu'il avait sur moi ; ce je ne sais quoi qu'il dégageait et me faisait me sentir si bien en sa présence.Après avoir échangés quelques mots, je m'en allais dans mon bus, en jetant un dernier regard à celui qui détenait mon coeur...
19h06.
Nous étions réunis tous les 4 à table, mon frère parlait, s'agitait tout comme à son habitude. Mais je voyais bien que quelque chose tracassait mes parents. Ils se lançaient des regards inquiets, comme s'ils hésitaient à dire quelque chose. Mais je ne dis rien, chacun avait ses problèmes et avait le droit de préserver son jardin secret, chose qu'ils respectaient parfaitement, ce dont je leur en étais très reconnaissante. Ce n'est qu'arrivé au dessert que mon père se décida à rompre la gêne :
"Les enfants, votre mère et moi avons quelque chose à vous dire... "
François se calma aussitôt, saissant que quelque chose d'anormal se passait.
"voilà, il s'agit de votre grand-père
-Papi ? Il est malade ?
-Oui en effet.. Lors d'une visite de routine, les médecins ont détecter un cancer..."
Un silence de plomb s'installa.. Personne n'eut le courage de le briser. Ma mère quitta la table précipitamment, les larmes aux yeux... Mon père sortit à son tour en claquant la porte. François et moi échangeâmes un regard lourd de sens, gêné, remplit de tristesse.
"Tu penses que c'est grave ?
-Je n'en sais rien...."
Il fondit en larmes. De nous deux, j'avais toujours été la plus adulte, même petite. Il avait toujours été le petit garçon aimé de tous, bien entouré. j'avais eu plus de mal à me faire des amis, à me faire une place dans cette famille. Plus sensible, j'étais passée par des épreuves qui vous changent, j'avais notamment appris à retenir mes larmes, à garder ce qui n'aillait pas pour moi. Je le pris dans mes bras. Au bout d'un moment, il renifla bruyamment.
"N'en profite pas pour te moucher dans mon T-shirt !" plaisantai-je
Cela suffit à le faire sourire, et il repris bientôt son rôle de grand frère et m'envoya valser contre la table d'un coup d'épaule. Il ne changerais jamais pensai-je en esquissant un sourire. Une fois dans ma chambre, je n'eus pas envie d'aller sur l'ordinateur. Tout le monde allait encore râler car il vrai que ça faisait un moment que je ne m'étais pas connectée, moi qui d'habitude étais toujours présente. Je me laissai tomber sur mon lit, fixant le plafond. Qu'allait-il encore arriver dans cette famille ? après la crise du mois dernier, voilà que la maladie était de la partie. ça me foutait un coup de savoir mon grand-père était malade, c'est certain mais, bizarrement, cela ne m'affectait pas comme les autres... je commençais à me demander si j'étais si insensible que ça.. Mais après tout, en y réfléchissant, tout le monde autour de moi avait des souvenirs particuliers avec lui. Moi non. J'étais toujours passée en dernière dans la famille, d'un côté comme de l'autre. je n'étais pas comme un tel ou une telle, je n'étais pas la fierté de la famille. Oh bien sur, je m'étais habituée, et j'avais créé ma propre famille de substitution, composée de ma famille proche et de mes amis. Car après tout, les amis, c'est notre famille, sauf qu'on la choisit, avec le coeur.. Malgré tout, je sentais les larmes finir par monter, j'essayai alors de penser à autre chose... Qu'allions nous bien trouver à faire demain ? Allions nous encore devoir nettoyer le self suite à une bataille d'eau ? Ou bien allions nous retourner sur les toboggans du parcs, comme 4 gamins ? Mais ce ne fut pas si qui retint mon attention, car en fermant les yeux, son visage apparu, me rappelant à mes préoccupations personnelles.. J'étais obligée de l'admettre, oui, il m'avait manqué et oui, j'étais heureuse de l'avoir revu. Mais combien de temps ces heureuses retrouvailles allaient-elles durer ? Allais-je encore retomber dans le panneau et l'aimer comme avant ? je finis par m'endormir, la tête pleine de ces interrogations...